Rechercher dans ce blog

05 août 2013

Des classiques revisités.

De tout temps, l’œuvre de Marcel Pagnol a constitué, dans ma famille, une véritable institution. Nous avons vu tous ses films un nombre incalculable de fois : ils pouvaient passer tous les ans et même plusieurs fois par an, nous les regardions à nouveau sans nous en lasser. Nous avons aussi lu tous ses livres et regardé avec passion les adaptations de sa biographie. Nous avons aussi aimé certaines réadaptations comme “Jean de Florette” ou “Manon des Sources”. Bref, nous sommes pour ainsi dire de véritables fans. On peut affirmer sans exagérer que Marcel Pagnol était vraiment présent dans nos vies. Chaque fois qu’un de ses films était rediffusé, la soirée prenait des airs de fête et c’était un peu comme si un lointain parent marseillais venait en personne nous rendre visite. Les valeurs célébrées dans ses films correspondaient en tous points avec l’éducation que nous avons reçue. D’ailleurs, mon père, dans ses coups de gueule, ses traits d’humour et ses moments de tendresse retenue avait souvent quelque chose d’assez “raimuesque”. Et même si je sais que ce sont mes parents qui m’ont transmis les principes qui sont aujourd’hui les miens, même si je suis une personne qui vit avec son temps, je sais que c’est aussi un peu chez Monsieur Pagnol que j’ai puisé mon naturel pudique, loyal, fidèle en amitié ainsi que mon sens de la famille et mon amour de la nature ou des plaisirs vrais et simples de la vie. 

C’est donc tout naturellement que Maman et moi sommes allées voir les adaptations toutes récentes de “Marius” et “Fanny”, bien curieuses de savoir ce que Daniel Auteuil en avait fait. Nous avions déjà bien aimé sa version de “La Fille du Puisatier” sans la trouver forcément inoubliable alors nous étions vraiment impatientes de découvrir ce que l’acteur devenu réalisateur avait fait de ces deux classiques. 


 
Alors, que dire ? Les deux films résultent d’un travail de réalisation très soigné : les images de Provence et de bord de mer sont très belles, l’ambiance de la ville portuaire bien rendue ainsi que celle de l’époque. Le texte est respecté dans les grandes lignes et j’ai trouvé réjouissant d’entendre des jeunes gens qui n’avaient peut-être pas vu les versions originales rire aux éclats à la partie de cartes ou autres scènes incontournables. Pour ce qui est de l’émotion elle est également intacte : silence dans la salle et j’ai même discrètement versé ma petite larme à plusieurs reprises.

Le choix des acteurs est également judicieux. Daniel Auteuil reprend le rôle de César immortalisé par Raimu et s’en sort honorablement dans les scènes comiques ou touchantes sans en faire trop ni chercher à imiter son illustre prédécesseur. Une imitation aurait sans doute été ridicule, d’ailleurs. Jean-Pierre Darroussin campe un Panisse touchant et généreux. Quant à Marie-Anne Chazel, à des années-lumières de ses rôles de Zézette, Gigi ou Dame Ginette, elle est purement et simplement géniale en Honorine plus vraie que nature ! Et lorsque l’excellente Ariane Ascaride la rejoint pour jouer le rôle de sa sœur Claudine, on jubile !  Les deux femmes qui n’ont pas grand chose de commun à la base en viennent même à… se ressembler ! Notons enfin la composition toute en nuance de la jeune Victoire Belezy qui prête son visage joliment méridional au personnage de Fanny et nous fait oublier sans mal le jeu par trop ampoulé d’Orane Demazis. 

Quelques bémols de taille, cependant :
 - le jeune Raphaël Personnaz n’a pas toujours l’accent très juste et ne campe pas un Marius forcément convaincant
- Monsieur Brun, personnage certes secondaire mais tout de même drôlatique et attachant est ici réduit à sa plus simple expression au point d’en devenir insignifiant.
- J’ai écrit plus haut que le texte était respecté dans ses grandes lignes mais justement, manquent les “petites lignes” : des réflexions de César comme “Vous n’avez pas vu l’Andolfi ?” ou “Ne pleurez pas dans les croissants, ils sont déjà trop salés !” manquent un peu à l’appel.
- De même, on s’est principalement concentré sur la portée dramatique de l’histoire et même si on ne pouvait contourner des scènes cultes comme la partie de cartes, des moments comiques comme l’évocation de sa défunte femme par Panisse ou l’histoire du Pitalugue n’apparaissent pas et on le regrette.

On peut comprendre, cependant, que Daniel Auteuil n’ait pas voulu se livrer à un copier-coller scolaire de l’œuvre initiale. En ce sens, il témoigne aussi un certain respect vis à vis des films de Pagnol puisque son travail les revisite sans pour autant les faire oublier.

Aucun commentaire: