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02 juillet 2011

Vacances dans le Morvan et ses alentours. Jour 6 : au bord de l’eau.

Le jeudi suivant, nous sommes partis un peu le nez au vent, sans avoir prévu de pique-nique ou d’itinéraire précis mais avec, en tête, le vague projet de longer le canal du Nivernais.
Après avoir roulé (longtemps) puis déjeuné (merveilleusement) dans la ravissante petite ville de Corbigny nous nous sommes rendus au syndicat d’initiative de la ville où un jeune homme absolument charmant nous a renseignés sur l’itinéraire à suivre. 

Nous voilà donc partis le long de ce fameux canal, une promenade vraiment apaisante mais nullement exempte de petites découvertes insolites, à l’image de cette maison de poupées que ma famille a trouvée charmante que je trouvais, pour ma part, étrangement inquiétante. 
Quand je m’étais rendue en Lettonie dans le village de Sabile, nos hôtes avaient tenu à nous montrer une sorte de village de poupées de chiffon grandeur nature dont ils étaient très fiers mais moi je n’aimais pas ! Pas du tout ! Je m’y sentais très mal à l’aise. Au point que malgré trois visites, je n’en ai pris aucune photo mais on en parle sur le blog Girls in Latvia, crée par deux jeunes filles qui ont apparemment visité les mêmes sites que moi.

Retour aux bords du canal du Nivernais avec ici un cèdre bleu vraiment très bleu. 

Des tapis à même la route pour adoucir les pas des visiteurs ? Ou parce qu’on ne sait pas quoi en faire ? 


 Une écluse parmi tant d’autres.
 
En tout cas, si nous avons apprécié le bain de nature, le calme et le temps clément, il y en a un qui s’est vraiment éclaté en découvrant que le canal servait aussi de lieu de villégiature à une famille de canards ! Un petit gabarit mais un grand instinct de prédateur !!!


Il va de soi qu’après tant d’exercice, notre chien de poche a bien dormi, le soir venu. Et nous aussi. Mais les nuits étaient un peu fraîches et au cours de deux d’entre elles, il nous a même fallu allumer le chauffage ! Quand je pense que les gens du cru se plaignaient de la canicule et de la sècheresse, déplorant que nous voyions leur région “aussi jaune” ! Nous, nous n’avons vu que de la verdure ! De la verdure jusqu’à plus soif !

17 décembre 2010

Séjour parisien et semaine agitée, la suite.

Houlà ! Désolée pour cette looooooongue absence mais j’ai un emploi du temps particulièrement intense en ce moment, tant et si bien que, le soir, je tombe dans le lit sans prendre la peine d’allumer mon ordinateur et je dors. Oui ! Moi ! Vous avez bien lu !
Mais n’anticipons pas et revenons au récit de mon dernier séjour parisien.

Mardi 7 décembre était le grand jour : celui de mon examen. Après un déjeuner japonais (nous avions déjà mangé nippon dans un autre établissement la veille : presque deux jours dans la capitale et toujours pas un repas français !), Tinky et moi avons filé sur place sans tarder et même en avance, ce qui fait que j’ai pu passer mon épreuve plus tôt que prévu. Une bonne chose de faite, finalement !
J’étais censée avoir sept minutes pour m’exprimer. C’est du moins ce qu’on m’avait dit lors d’un examen blanc sur mon lieu de travail et, après diverses répétitions au cours du week-end, je m’étais chronométrée à six minutes et une trentaine de secondes. Mais une fois sur place, on ne m’a accordé que cinq minutes pour m’exprimer. Il a donc fallu que je me résolve à faire des coupes sévères dans mon exposé et ce, sans réfléchir. J’ai eu toutefois l’impression de m’en sortir sans mal. Le jury, de son côté, ne m’a posé que trois questions très ciblées auxquelles j’ai vraiment eu le sentiment de répondre pertinemment. Les choses ont été très vite. Je ne savais pas si c’était un bon ou un mauvais signe mais, forte de ces impressions positives, je suis partie de là le cœur léger et j’ai passé avec Tinky une soirée des plus agréables : apéro chez le caviste attitré de Tinky, repas italien et visionnage d’épisodes de Stargate Atlantis en bonnes passionnées de sciences-fiction que nous sommes !
Le lendemain, la neige s’était mise à tomber sur Paris. Et pas qu’un peu ! C’était la première fois que je voyais la capitale sous un manteau blanc si épais :
Le boulevard de Reuilly sous la neige


Après une choucroute roborative (enfin un mets national !) nous avons rallié la gare sans trop tarder car les chutes de neige allaient en augmentant. Or, malgré l’agréable compagnie de Tinky, je ne pouvais absolument pas me permettre de passer un jour de plus loin de Toulouse : une réunion importante était programmée le lendemain matin au bureau et, l’après-midi, je devais revoir mon chirurgien pour une visite de contrôle puisqu’il y a pratiquement un an que j’ai été opérée.
Les chutes de neige étaient intenses et je n’étais pas sans inquiétude mais  finalement,  j’ai fait partie des heureux qui ont pu passer entre les flocons et rentrer chez eux après un voyage paisible, sans rester bloquée en chemin.



Les abords de la gare Montparnasse et les bus de ville déjà bloqués ce 8 décembre 2010 en milieu d’après-midi.
Je suis arrivée chez moi assez tard mais dès le lendemain, j’étais d’attaque : il le fallait. La réunion s’est bien passée et la consultation a été rassurante : je vais aussi bien qu’on puisse aller après une intervention de ce genre et la cicatrisation est parfaitement parachevée, même si la balafre reste un peu sensible.
Ce jeudi s’est terminé par une balade tranquille sur le Marché de Noël en compagnie de Maman qui avait suivi le mouvement, histoire de faire un petit tour en ville avec moi. Hormis quelques macarons et le traditionnel verre de vin chaud, nous n’avons rien acheté et il faisait bien froid.
Sur le chemin du retour, hélas, nous avons aperçu de l’agitation au niveau de la route qu’empruntait notre bus.  Juste le clignotement bleu et froid de plusieurs voitures de police ainsi que, sans doute, des ambulances. Déjà les rumeurs allaient bon train mais ce n’est que le lendemain que nous avons pu savoir ce qui était vraiment arrivé. Une fois encore, il s’était passé quelque chose de terrible non loin de chez moi.
Horrible, franchement ! J’y ai marché, un jour, sur cette fichue voie ! La fois où les Lettonnes étaient venues nous rendre visite à Toulouse, comme je le racontais ici ! Pauvre petit gars ! Il a commis une imprudence terrible mais je crois pouvoir dire sans trop m’avancer que bon nombre d’habitants de Ramonville ou de Castanet Tolosan l’ont commise aussi ! Moi la première ! Moi, si peu aventurière ! Il semblerait, en prime, que je n’aie guère que des faits divers affreux à raconter, en ce moment !
Mais je relaterai la suite de mon existence palpitante dans un prochain article, car je n’en ai pas fini, justement, des histoire de bus !

21 octobre 2010

Blocus odysseus horribilis.

En ce moment, le pays est paralysé par des grèves en raison d’une réforme gouvernementale qui voudrait faire reculer l’âge de la retraite à 67 ans. Certes, tous les politiciens s’accordent à dire qu’une réforme est nécessaire mais faut-il pour autant en arriver à des extrémités pareilles ? On voudrait faire travailler les vieux jusqu’à pas d’âge alors que les jeunes sont sans boulot : cherchez l’erreur ! Et puis moi, je me rappelle que quand je suis allée en Lettonie, j’ai vu des enseignants que l’on aurait presque pu appeler des “anciennants” tant ils étaient décrépits, les malheureux : dégarnis, édentés, maigres comme des clous, tenant à peine debout ! Je n’exagère pas ! De vraies momies ! Ce n’est pas vraiment ce que l’on a envie de voir dans son propre pays ! Ces gens qui travaillent parfois depuis l’adolescence ont besoin d’un repos bien mérité ! Même moi qui ai commencé à travailler relativement tard en raison de longues études, je ne sais pas si je serai d’attaque pour bosser jusqu’à cet âge plutôt avancé ! Non que je ne veuille pas travailler mais qui sait si je serai aussi efficace qu’aujourd’hui ? On dirait qu’on nous pénalise parce qu’on vit plus longtemps qu’avant ! On nous punit ! Ce n’est pas juste ! Donc, je soutiens cette vaste protestation et j’ai même fait la grève les mardi 12 et 19 octobre, sans toutefois aller manifester ! Merci bien, je n’ai pas envie de ramasser de la bombe lacrymo dans les yeux, de faire une mauvaise chute voire de recevoir un coup de matraque ou un tir de flash-ball qui me priverait du peu de vue que j’ai ! Je suis donc restée tranquillement chez moi hier et la semaine d’avant, j’étais à Cahors pour la naissance de ma petite-nièce.
Simplement voilà : on ne peut quand même pas faire grève tous les jours ! J’ai aussi des factures à payer, comme tout un chacun et des croquettes à acheter pour des Gremlins qui se fichent royalement des mouvements sociaux ! Sans compter que mes dossiers ne vont pas se gérer tout seuls ! Donc, bien que solidaire avec le mouvement, j’ai décidé de me rendre au boulot malgré l’annonce d’un blocus qui se tiendrait à l’entrée de l’école.
Alors déjà, j’étais en retard en raison d’une panne d’oreiller sévère. Je me suis préparée vite et j’ai quand même pu avoir un bus sans difficulté. En route, j’ai reçu un appel de JM qui m’a avertie que le blocus avait bien lieu, qu’il y avait un peu d’agitation et même des palettes de bois qui brûlaient ! Il me conseillait de rebrousser chemin, de rentrer chez moi et d’attendre qu’il me rappelle en fin de matinée pour me dire où en était la situation et si je pourrais venir au moins l’après-midi.
Et c’est là que je n’ai pas assuré !
Comme j’étais presque arrivée, je lui ai dit que j’allais tenter de voir si je pouvais entrer ou pas. Alors, il a mentionné un petit portillon de secours que je ne connaissais pas et que d’autres avaient emprunté pour pouvoir entrer. Donc je suis arrivée, j’ai vu que c’était le bazar, qu’il était impossible de se frayer un chemin et là que croyez-vous que je fis, moi qui ai environ 70 heures sup’ à rattraper avant le 31 décembre prochain ? Pensez-vous réellement que je suis sagement rentrée chez moi au chaud en attendant des nouvelles comme mon propre supérieur hiérarchique me le conseillait ? Bien sûr que non ! Etant donné que je suis la plus mauvaise fonctionnaire du monde – entendez par là la moins caricaturale ! – eh bien je suis partie à la recherche du Portillon Salvateur… Et pour tout dire, je le cherche encore !
J’ai fait tout le tour de ce fichu complexe agricole, j’y suis même entrée par une voie détournée que je croyais être la bonne, je me suis retrouvée au milieu de bâtiments que je ne connaissais pas. J’ai marché, marché, et quand je me suis retrouvée au bord du Canal du Midi, j’ai bien compris que je m’étais paumée ! Il y avait bien longtemps que je ne m’étais pas aussi bien perdue ! Près de trois ans et encore, c’était à Paris ! Mais se perdre sur son lieu de travail, je ne m’en serais pas crue capable, quand même ! J’ai tourné un bon moment dans une zone pavillonnaire que je ne connaissais pas, puis à force de détours, contours et tours de con, j’ai pu rallier la route nationale et me suis retrouvée à mon point de départ ! Devant l’institut où je travaille mais qui était toujours inaccessible.
J’ai rappelé le père JM pour lui expliquer que je n’avais pas trouvé d’endroit par lequel entrer et là, il a eu le malheur de me passer une jeune collègue qui était censée m’indiquer le chemin mais qui, ne comprenant pas que j’y voie mal et que je n’aie aucun sens de l’orientation, m’a limite engueulée parce que je n’avais pas trouvé cette entrée de secours ! A part ça, on se connaît depuis huit ans, elle et moi ! Elle n’a toujours pas réalisé que pour moi, la vie est un perpétuel numéro de “Rendez-vous en Terre Inconnue” ou d’”Ushuïa Nature” !  Enfin bon, je ne m’en suis pas formalisée ! Elle a été fort désagréable mais j’ai l’habitude d’exaspérer les gens avec ma manie de me perdre sur des lignes droites ! Avec le temps, on devient philosophe !
Au final, c’est JM qui est venu jusqu’aux barricades et qui a négocié avec les étudiants pour qu’ils me laissent entrer, ce qu’ils ont gentiment fait. Ainsi, j’ai pu me rendre à mon boulot à une heure avancée de la matinée (presque l’heure de l’apéro, en vérité !). Ma conscience était sauve mais à quel prix ! J’étais et je suis encore complètement courbatue et crevée ! Sans compter que j’étais un peu démotivée pour travailler ! La prochaine fois qu’on me dira de rester tranquillement chez moi, je le ferai !
Du coup, pour rattraper mon retard, je suis restée au boulot jusqu’à 19h, heure à laquelle Monique, Maman et moi sommes parties dîner chez JM en compagnie d’une autre collègue. Ce dîner était prévu de longue date mais il nous a permis de conclure en beauté une journée plutôt galère. Reste à savoir ce que nous réserve demain…

21 mai 2010

Ils sont partis en Lettonie et pas moi !

Voilà peut-être qui n'a pas été étranger à ma récente mélancolie ! Je ne suis pas retournée en Lettonie comme je le faisais depuis trois ans maintenant. Nous avons changé de directrice adjointe et elle nous a expliqué qu'il n'était pas admissible que les services administratifs se vident au moment des stages européens et qu'il vaudrait mieux, à partir de maintenant, que les futurs enseignants soient accompagnés par des formateurs ! En outre, le déroulement de la formation étant sur le point de changer du tout au tout, on nous annonçait beaucoup de travail à cette période précise donc, pas question de partir.
J'ai accepté ce verdict sévère avec autant de philosophie que possible. Déjà, notre supérieure avait raison : nous avons du boulot jusque par-dessus la tête et beaucoup d'incertitudes perdurent. D'autre part, le stage en Lettonie ne m'appartient pas : même si j'y ai beaucoup travaillé, je n'avais pas à l'accaparer et il était tout à fait logique que d'autres collègues travaillent en étroite collaboration avec ce pays.
Mais il faut bien l'avouer, j'en ai quand même eu gros sur le coeur ! L'hiver dernier, fragilisée par l'annonce de mon opération, j'ai même pleuré à chaudes larmes en voyant à la télé quelques images de la région Latgale ! Et aujourd'hui, j'avoue que je me sens particulièrement nostalgique car le nouveau groupe vient de passer une nuit et une journée dans le village d'enfants de Grasi géré par Jean Amblard.
Alors que, l'an dernier, nous étions allés à Grasi par un temps particulièrement capricieux et frisquet, les petits veinards qui nous succèdent ont droit à des températures avoisinant les trente degrés (comme en 2007 !) et d'après l'article ci-dessous, publié dans le blog de Jean, ils ont l'air de profiter bien agréablement de leur séjour d'étude !

Chi va piano, va sano e va lontano aprs Louis XVIII voici lENFA ! - Journal d'un Paysan du Gers en Lettonie

Bon voyage, les amis ! Vous allez découvrir l'Estonie qui est un bien joli pays et - bande de petits veinards ! - visiter brièvement l'une des plus belles villes de Russie ! Si vous saviez à quel point je vous envie ! Moi qui, à douze ans, ne rêvais que d'Amérique, je n'aurais jamais imaginé que je m'attacherais à ce point à ces petits pays baltes !

Et merci, Jean, pour ton aide précieuse ! J'espère, comme tu le prévois, que nous nous reverrons à l'ENFA l'hiver prochain !

14 juin 2009

Lettonie, suite… et fin !

Laissant la région Latgale derrière nous, nous avons repris vaillamment la route. Sur le chemin, nous nous sommes même fait arrêter par des gendarmes qui nous reprochaient de n’avoir pas respecté un stop que nous n’avions pas vu mais Anda, avec son habituel bagout, a réussi à nous éviter la contravention !!!! Sacrée Anda !

La nuit était tombée quand nous sommes enfin arrivés au manoir de Vecauce, ce manoir attenant à l’exploitation de l’Université Agricole de Jelgava et dont j’avais parlé l’an dernier, sans en connaître le nom. 


C’est là que nous avons dormi, pour le plus grand ravissement du groupe de stagiaires qui, grâce à moi, auront tout connu des hébergements lettons : les hôtels classiques, les logements à la “soviet system” et maintenant, les manoirs luxueux.
 



Après notre première grasse matinée depuis longtemps et un nouveau petit déjeuner bienvenu, nous sommes partis visiter l’exploitation mais cette fois, je n’avais plus d’espace disponible sur mon appareil photo. Néanmoins, la visite de la ferme entièrement automatisée et les explications sur le bio-carburant étaient passionnantes et ont donné lieu à des échanges pertinents. 

L’après-midi venu, la moitié du groupe est partie à la résidence universitaire pour travailler sur l’exposé à rendre au terme du voyage, l’autre partie à rejoint Jean et Anda à Tervete, la forêt aux gnomes dont je parle ici, avant de poursuivre la visite par Lila Parc. Encore une fois, je n’ai pas de photos mais pour avoir un aperçu de cette journée, des photos printanières de Tervete et de Lila Parc, je vous renvoie à l'article que Jean a rédigé à ce sujet dans son blog. Il y a, là-dedans, une photo de moi dont Jean aurait pu se passer car je suis affreuse mais à ma décharge, j’étais épuisée ! Si fatiguée que j’en avais presque envie de pleurer, ce qui (à ma grande horreur !) se voit sur le cliché ! 

Gérer un groupe, c’est vraiment fatigant, je dois l’avouer, mais je n’en avais plus pour longtemps : le lundi, matinée studieuse au Ministère de l’Environnement (où nos hôtes se sont fendus d’une conférence très  pointue !) puis après-midi libre à Riga. Nous nous sommes séparés et avons fait chacun nos dernières courses. Je dois reconnaître que j’ai apprécié ce petit moment à mon rythme ! Je suis une solitaire, une individualiste, une célibataire de plus en plus endurcie, quelqu’un qui a vécu seul pendant plusieurs années et j’avoue que l’effet de groupe se mettait à me peser un peu ! Et puis je commençais à avoir vaguement le mal du pays ! 

Mais je n’avais plus qu’un jour à attendre avant de retrouver mon quotidien que, finalement, j’aime beaucoup, même si j’apprécie mes séjours en Lettonie ! Le mardi fut consacré au voyage de retour qui nous prit une grande partie de la journée mais le soir venu, je pouvais enfin retrouver ma mère, mon appart’ et mon lit douillet dans lequel je tombai sans remords !

Région Latgale, deuxième partie.

Le lendemain, nous ne pouvions prendre notre petit déjeuner dans l’établissement mais Anda avait pris ses dispositions. Je l’entendais téléphoner en letton (peut-être même en russe, d’ailleurs) et à un moment, elle s’interrompt pour me demander si je préfère qu’elle commande des crêpes (pancakes) ou des salades. Je lui explique que les crêpes seront plus indiquées car, en France, nous n’avons pas vraiment l’habitude de consommer des salades au petit déjeuner, et nous voilà partis !

Nous abordons un petit restaurant, nous asseyons joyeusement autour de la table, ravis de nous sustenter un peu (nous n’avions pas trop pu le faire la veille, devant nous contenter de chips et de bière dans la boîte de nuit frontalière !) et là, je te vois mon Anda arriver vers la table avec une… conséquente bouteille de liqueur !!! Je ne suis pas contre le fait de boire un petit coup de temps en temps, et mes compagnons de route non plus, mais là, nous nous empressons de protester ! Il n’est guère que neuf heures du matin ! Mais Anda tient à nous rassurer dans son anglais agrémenté d’un chaleureux accent letton “Soft drrrink ! Soft drrrink !”, assure-t-elle en remplissant généreusement les verres. Soft drink ? Ben t’as raison, Anda ! Il s’agit d’une liqueur aux amandes certes goûteuse et sucrée mais sacrément “velue” aussi ! Les crêpes tant attendues étaient les bienvenues, après cette virulente et traître boisson ingurgitée à jeun ! Ah, parlons-en, des crêpes. Alors que nous avions, en bon français, fantasmé sur des crêpes sucrées, nous avons vu arriver des crêpes farcies à la viande hachée et recouvertes d’une épaisse couche de crème fraîche. Mais qu’importe ! Le jeûne de la veille et la virulence de l’alcool aux amandes ont fait qu’elles sont descendues sans difficultés aucune même si nous n’avons pas l’habitude de manger ce genre de chose de bon matin. C’était très bon, de toute façon ! 

Suite à ce petit déjeuner constructif, nous sommes repartis dans l’établissement de Zilupe où nous avons participé à des échanges très sérieux sur l’école que nous avons, par ailleurs, visitée avec beaucoup d’intérêt. 

En repartant, nous avons visité la cathédrale d’Aglona, la plus importante basilique catholique de Lettonie. Vous remarquerez d’ailleurs que nos amis lettons semblent adorer les superlatifs ! C’est toujours le plus vieux ceci, le plus grand cela, le machin le plus septentrional… Tiens, j’ai d’ailleurs oublié de dire que l’atelier de poteries et de travail du lin se trouvait à Ludza, plus vieille ville de Lettonie. 

La basilique d’Aglona est toutefois un monument très important et pas seulement à cause de sa taille et de sa beauté. Tous les 15 août, le Pape s’y rend et c’est l’occasion, pour tous les Lettons qui le désirent, de faire un grand pèlerinage en venant à pied à Aglona depuis chez eux. C’est un peu leur Saint Jacques de Compostelle à eux ! 

Mais ce jour-là, elle était vraiment très vide et comme le temps était incertain, je l’ai trouvé quand même un peu triste. 



 Changement de régime et d’ambiance avec la visite du musée du pain. 

Un musée, ceci ? En Lettonie, ils baptisent un peu tout “musée”. Nous avons été accueillis sur le pas d’une petite maison par une solide matrone en costume traditionnel qui, d’une voix claironnante (comme beaucoup de Lettones) nous a expliqué tout l’historique, toutes les légendes, toutes les superstitions liées au pain en Lettonie. Là-bas aussi, le pain, même s’il est différent du nôtre, est sacré, auréolé de mystère et voué au respect. D’ailleurs, avant le début de la conférence, on nous a demandé avec insistance de nous laver les mains avant d’y déposer quelques grains de blé que nous avons dû manger pour bien nous rappeler d’où vient cet aliment si anodin et quotidien. 

Ensuite, nous sommes entrés dans une grande salle au centre de laquelle était dressée une table croulant sous les victuailles. La philosophie des Lettons de cette région me plaît beaucoup : nous étions censés manger absolument TOUT sans quoi nous risquions d’offenser nos hôtes  ! Soupe froide aux herbes , “zakuskas” (morceau de lard posé sur une tranche de pain noir et agrémenté de petits oignons à avaler très vide après un verre de vodka ingurgité cul-sec), cornichons énormes et sucrés, pommes de terre tièdes, miel, pain noir, pâte à choux farcies à la crème épaisse, le tout arrosé de thé brûlant ou de vodka diverses, nous avons tout aimé… mais certainement pas tout fini.  

Je me rappellerai longtemps l’accueil de ces gens qui donnaient l’impression de ne pas avoir grand chose mais de tout nous offrir, je me souviendrai de cette matrone solide qui, facétieuse, n’hésitait pas à donner un coup de grosse cuillère en bois à ceux qui parlaient au lieu de manger (un humour rude comme le climat de cette région, rustique comme sa nourriture), de notre interprète, Irina, qui serait bien partie vers des contrées plus riantes mais que la tombe de son fils retenait dans cette région austère, de l’angoisse de ces gens face aux prétentions russes mais aussi de leur scepticisme face à une Europe dont les normes tendent à les ruiner, des polkas dansées à la fin du repas malgré tout, des larmes dans les yeux d’Irina au moment de notre départ… Il y avait un côté “Rendez-vous en terre inconnue” dans cette rencontre improbable. J’avais l’impression qu’un lien aurait pu se tisser entre ces gens et nous mais que nous partions trop vite. J’ai vraiment ressenti quelque chose de fort et je n’ai pas honte d’avouer que j’étais très émue au moment de la séparation. Je n’étais pas la seule. Quelques filles du groupe ont même versé une petite larme et j’avoue que rien qu’en écrivant ces lignes je ressens à nouveau cette profonde émotion et j’ai moi-même la larme à l’œil. 

Je ne sais pas si je retournerai jamais en région Latgale. J’ignore si cela ne deviendra pas impossible un jour. Je ne sais pas non plus quel sera l’avenir de ces gens. Le hiatus entre la vie à Riga et la vie là-bas est si incroyable. J’espère que le futur leur sourira, sans pour autant leur faire perdre leur identité.

13 juin 2009

Région Latgale, première partie.

La Lettonie est un petit pays découpé en quatre régions :

 Nous avons logé et travaillé principalement en région Zemgale mais pour aller à Grasi et Sabile, nous avons quelque peu arpenté la région Vidzeme. Je n’étais jamais allée plus loin à l’Est et ce matin-là, nous sommes partis en direction de l’école de Zilupe qui est située à un kilomètre de la frontière de la Russie, dans la région Latgale, une région que la Russie aurait tendance à discuter, voire à revendiquer !!! Et nous sommes allés là-bas ! Il n’y pas à dire, nous vivons un peu dangereusement ! Imaginez qu’il se soit passé la même chose que l’an dernier en Ossétie et en Géorgie !!!!! On aurait fait quoi, nous, mêlés à tout ça ?

Pour rejoindre cet établissement, nous avons donc refait nos bagages et traversé le pays. Je reconnais qu’il aurait été sans doute plus facile de dormir à Grasi quand nous y sommes allés et de poursuivre notre route au lieu de faire tant d’allers et retours vers Jelgava mais je ne connaissais pas suffisamment le pays pour en décider moi-même et par ailleurs, le programme avait changé à plusieurs reprises.
Nous avons donc traversé le pays, admirant au passage ses riantes industries, 

 ses restaurants bien sympathiques où l’accueil est chaleureux mais où il n’y a pas d’eau ! 
ses maisons de bois très typiques mais plus ou moins neuves,


ses églises,



 chapelles,
 chemins de croix,





clochers à bulbes aux couleurs vives,


 points d’eau

 et petits endroits typiques telle que cette bien nommée Colline aux Moustiques (ces bestioles sont une véritable calamité en Lettonie à cette saison-là !)

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Nous nous sommes arrêtés au passage dans un atelier de céramique et d’exploitation du lin :



Un grand gaillard aux allures de Michel Strogoff, un potier et deux musiciens semblant tout droit sortis d’une carte postale ou d’un film très ancien nous y ont accueillis fort chaleureusement et nous ont fait goûter leur thé, leur pain, une boisson très forte, et sans doute le meilleur miel, le plus parfumé que j’aie jamais goûté ! On fait plusieurs sortes de miel dans le lycée agricole d’Auzeville, près de l’ENFA et franchement, je ne les trouve pas mauvais du tout mais rien, jamais, ne saura égaler le miel que j’ai goûté dans cette région du monde si reculée qu’elle me donnait l’impression d’avoir voyagé dans le temps ! 

Encore un endroit surréaliste dont nous avons eu du mal à partir.

Avec tout ça, nous sommes arrivés à Zilupe vers 21h. Nous avons commencé, bien sûr, par la visite d’une chapelle. 
Après l’eau miraculeuse de Kalmciems, on nous a parlé longuement parlé de cette icône dont suinterait régulièrement de l’huile depuis environ quatre ans, chose que le scientifiques n’arriveraient pas à expliquer,

ainsi que de cette “sainte vierge”, simple figurine trouvée dans l’eau, vêtue comme une Madone par les bons soins d’une habitante du village et capable elle aussi de miracles, notamment, ce chapelet qu’elle tient entre ses mains ne serait jamais tombé depuis qu’un prêtre l’y aurait ainsi placé.
 


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Amusant et presque triste aussi de voir à quel point des gens embarqués malgré eux dans un monde totalitariste et athée font montre aujourd’hui d’une telle soif de religion, de surnaturel, de merveilleux, quitte à voir des miracles et phénomènes inexpliqués là où il n’y a peut-être pas grand chose ! 

Nous avons aussi visité le Musée de Zilupe, accompagnés par un guide très dynamique qui nous a bien expliqué que la frontière avec la Russie était toute proche : juste un kilomètre à partir de ce poteau…

La visite a été passionnante et très conviviale. Au terme de cette dernière, nous sommes partis sur la frontière, histoire de voir, mais là, je n’avais pas le droit de prendre des photos. D’autres l’ont fait mais ils se sont fait réprimander. Moi, j’étais quand même toute épatée de me trouver si loin de chez moi et si proche d’un pays que je m’étais bien juré de ne jamais approcher quand j’étais ado. On entendait alors des histoires terribles sur la Russie et la façon suspicieuse dont les touristes y étaient traités ; je trouvais ça effrayant, préférant rêver d’Amérique et me jugeant bien que les Russes ne verraient jamais le bout de mon nez ! Eh bien on peut dire que c’est réussi ! Car Zilupe, c’est plus la Russie que la Lettonie ! D’ailleurs, on y parle principalement le Russe bien que le Letton soit la langue officielle. Et c’est aussi dans ce nouveau logement à la “Soviet System” que nous avons passé la nuit
après avoir toutefois un peu fait la fête dans un tripot sur la frontière russe ! Aaaaaaaaaaaaah, la techno russe ! Ce n’est finalement pas si mal. 

Avec tout ça, on est rentrés bien tard et on est littéralement tombés dans le lit, ravis mais vannés !

10 juin 2009

Sabile-Kuldiga-Cinevilla

Le logement à la “soviet system” n’a pas spécialement fait l’unanimité auprès des filles du groupe. Certaines, dès le petit matin de cette nouvelle journée, sont venues se plaindre à moi d’avoir mal dormi parce qu’elles étaient quatre par chambre ! C’était pourtant le souhait initial des stagiaires eux-mêmes. Partager les chambres pour garantir autant que possible la cohésion du groupe et sa convivialité… et non pas pour faire des bénéfices sur les remboursements des hébergement (basé sur un forfait). Ce ragot immonde aurait circulé dans notre établissement avant notre départ en Lettonie. Je trouve qu’il faut être vraiment tordu pour avoir des idées pareilles. En tout cas, moi, ça ne m’avait même pas effleuré l’esprit. Que ce soit dit !

Après avoir pris ensemble notre petit déjeuner, nous sommes donc partis en direction de Sabile (Sabilé), l’institut qui accueille des enfants handicapés mentaux parmi des élèves valides. Grand moment d’émotion pour une des filles qui avait laissé ses propres enfants en France et qui a dû sortir de l’école pour se recomposer un peu. Je suis habituée à ce genre de réaction. Moi, j’ai l’habitude avec les instituts que fréquente ma nièce Magalie. Je suis endurcie. 

Encore une visite sur des chapeaux de roue, en tout cas. 

Alphabet letton.



Ci-dessous, quelques travaux des enfants de Sabile.      


  
Travaux du bois : ici, la svastika est un signe positif malgré les horreurs infligées au peuple letton par les nazis. Tout dépend du sens dans lequel elle tourne. Difficile de faire admettre cela à certains de nos stagiaires.


 
Sabile est aussi l’endroit où sont plantées les vignes les plus septentrionales d’Europe et se trouve dans le Guiness Book pour cette raison. La thématique du raisin est donc très présente dans cette région. 
 

Après le repas, nous sommes partis découvrir le patrimoine géographique et culturel letton : d’abord Kuldiga et son pont classé, je crois, au patrimoine mondial de l’Unesco. Un des plus vieux ponts de pierre d’Europe si ce n’est LE plus vieux. 

Et l’occasion pour le groupe de se reposer un peu au bord de l’eau ou de patauger à nouveau. Il faut dire que nous avions de la chance avec le temps, ce jour-là. Mais personnellement, j’ai toujours trouvé Kuldiga et son pont rouge un peu tristounets. Cela n’engage évidemment que moi. 



Le soir venu, sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés à Cinevilla dont Anda me parle depuis trois ans, maintenant, sans avoir réussi à convaincre les autres groupes de s’y rendre. Cinevilla est un endroit perdu (un de plus) qui rassemble bon nombre de décors utilisés par les cinéastes lettons. On a peine à le croire. On dirait plutôt un vieux parc d’attraction désaffecté. Il y a un côté “Ed Wood” dans ce joyeux bric à brac terriblement artisanal et volontiers kitsch. Le côté “petit budget” des films lettons est vraiment palpable. Mais nos jeunes amis se sont manifestement éclatés au cours de cette visite. Tant mieux. Certains semblaient avoir vraiment besoin de se défouler.